La Caravane du goût
 

Le déficit nature des enfants : entretien avec François Cardinal

Le déficit nature des enfants : entretien avec François Cardinal

Entrevue réalisée par Diane Boily, formatrice Un trésor dans mon jardin

D.B. : Monsieur Cardinal, qu’est-ce que le potager évoque en vous?
F.C. : Le potager évoque en moi les deux mains dans la terre, chose qui ne se fait plus beaucoup dans notre société actuelle. Oui, le potager évoque en moi une activité que l’on devrait faire de plus en plus souvent en famille, mais qui ne se transmet pratiquement plus, malheureusement. Il faut dire que le contexte de vie dans lequel l’enfant évolue, fait en sorte que ses parents évacuent rapidement de son agenda toutes activités considérées inutiles. Toutes ces activités qui n’offrent pas de résultat immédiat de performance. C’est d’ailleurs ce qui prive l’enfant de ces moments précieux où il pourrait vraiment explorer le monde extérieur avec ses cinq sens, se mettre les deux mains dans la terre, se salir les genoux, développer sa créativité et surtout, sentir vraiment ce qu’est la terre avec un petit t, mais aussi la sentir avec son grand T.

D.B. : Considérez-vous que le potager peut avoir sa place à la garderie ou à l’école?
Croquarium-entrevues-FrancoisCardinal-02R.F. : Absolument. La présence du potager à la garderie ou à l’école permettrait un retour à la terre, autant pour les enfants que pour les adultes. Je vais d’ailleurs vous confier que lorsque j’ai écrit mon livre, Perdus sans la nature, suite à une entrevue que j’ai obtenue auprès d’une enseignante, j’ai été très étonné d’apprendre que ce ne sont pas que les enfants qui se sont éloignés de la nature, mais que c’est aussi le cas des adultes. Si les enfants possèdent un bien maigre bagage de connaissances pour nommer le nom des arbres, des fleurs ou des oiseaux de leur environnement immédiat, c’est en partie parce que leurs enseignant(e)s n’en savent pas beaucoup plus qu’eux. Mais au-delà de sa vocation éducative, le potager pourrait également améliorer certains troubles ou problèmes de comportement chez les enfants souffrant par exemple de trouble de l’attention avec ou sans hyperactivité. Des études montrent clairement que si nous cessons la médication de ces enfants et que nous les plaçons dans des environnements de plus en plus naturels, les symptômes diminuent considérablement.

C’est donc dire que le potager à la garderie ou l’école pourrait s’avérer tout aussi efficace sur le comportement des enfants qu’une bonne dose de Ritalin. Ce contact avec la nature viendrait réduire l’agitation de nos enfants, trop souvent forcés à rester confinés dans des espaces fermés. Un contact quotidien avec le potager guérirait nos enfants d’un mode de vie trop sédentaire, captif, organisé et supervisé; un mode de vie très peu adapté à la nature même de nos enfants.

D.B. : En quoi la nature est si importante pour nos enfants?
F.C. : L’humain est biophile, il aime ce qui est vivant et possède une affinité naturelle avec la nature et son environnement. Je crois que cette biophilie est encore plus forte chez les enfants. Coupez-les de tous les stimuli extérieurs et vous leur enlevez tout ce qui peut contribuer à leur développement global. C’est une réelle perte quand les enfants n’ont pas accès à une cour, un parc, un potager ou un boisée.

Croquarium-entrevues-FrancoisCardinal-01D.B. : Demain matin, vous vous retrouvez enseignant d’une classe de 3e année, comment utilisez-vous le potager avec vos élèves?
F.C. : Si j’étais pédagogue, c’est certain que le potager ferait l’objet d’un projet à long terme par excellence. C’est le type de projet qui pourrait durer toute une année et à travers lequel je pour-rais développer la patience de mes élèves et enrichir leur bagage de connaissances du monde naturel. Le potager deviendrait un projet où j’intégrerais toutes sortes de matières. Ce retour à la terre me donnerait aussi l’occasion de débuter avec mes élèves la véritable éducation relative à l’environnement. Je crois que la pédagogie actuelle est trop théorique, désincarnée. Même l’éducation relative à l’environnement qui apprend à nos enfants à poser des gestes écoresponsables ne leur enseigne pas ce qui est vraiment essentiel à retenir. Cette éducation les sensibilise aux désastres environnementaux, en leur demandant de protéger une nature qu’ils ne connaissent même pas.

D.B. : Quelle est votre conclusion au sujet du potager en milieu éducatif?
F.C. : Avant de demander à nos enfants de sauver notre planète, il faut absolument améliorer l’interaction qui existe entre eux et leur environnement naturel. Le potager me semble être un terreau fertile pour amorcer cette démarche. La véritable sensibilisation aux enjeux environnementaux de notre planète commence ici: en sortant les enfants à l’extérieur et en leur permettant de mettre les deux mains dans la terre pour y observer la vie qui l’habite. C’est ce contact privilégié avec la nature qui les rendra sensibles à leur environnement lorsqu’ils seront des adultes.


Croquarium-entrevues-FrancoisCardinalFrançois Cardinal est chroniqueur à La Presse. Journaliste depuis près de 20 ans, il est également chroniqueur à la radio et auteur des essais Le mythe du Québec vert, publié en 2007, et Perdus sans la nature, publié en 2010. Diane Boily a eu l’occasion d’échanger avec lui en mars 2015 sur sa vision du potager en lien avec la carence de nature dont souffriraient nos enfants.

croquarium
info@croquarium.ca
Aucun commentaire

Publier un commentaire

For security, use of Google's reCAPTCHA service is required which is subject to the Google Privacy Policy and Terms of Use.

I agree to these terms.