La Caravane du goût
 

Quand des étudiants passionnés d’alimentation découvrent l’éducation sensorielle au goût…

Quand des étudiants passionnés d’alimentation découvrent l’éducation sensorielle au goût…

Par Marie Watiez, Ph.D., psychosocioloque de l’alimentation, Sésame Consultants, chargée de cours ESG-UQAM, membre du conseil d’administration et du comité d’experts de Croquarium.

Depuis 2009, j’enseigne à l’UQAM le cours La nourriture et le mangeur dans le cadre du Certificat en Gestion et Pratiques socioculturelles de la Gastronomie (ESG UQAM). L’objectif général de ce cours vise à sensibiliser les étudiants à une vision pluridisciplinaire biopsychosociale et culturelle des déterminants impliqués dans l’acte alimentaire de tout mangeur dans le contexte de la société de consommation occidentale.

Afin de comprendre comment se construit dès la naissance et tout au long de sa vie chaque mangeur, une partie de cet enseignement est consacrée aux déterminants du processus de socialisation alimentaire[1] chez l’enfant et l’adolescent.

En plus de la famille, des médias, de l’environnement commercial, les milieux éducatifs (services de garde, écoles, organismes parascolaires, etc.) jouent un rôle essentiel dans la socialisation alimentaire des jeunes. C’est dans ce contexte que j’aborde avec les étudiants le thème de l’éducation alimentaire.

 Une découverte de Croquarium pleine de sens

Au cours de la session de l’hiver 2017, j’ai invité Marine Pouyfaucon, coordonnatrice du programme Les aventuriers du goût, à venir présenter aux trente-cinq étudiants, Croquarium et l’éducation sensorielle au goût.

Après une présentation de l’organisme et de sa mission, Marine a fait vivre aux étudiants quelques dégustations afin que par l’expérience autour des cinq sens, ils comprennent comment l’éducation au goût permet d’éveiller la curiosité et de stimuler le plaisir de la découverte alimentaire. Cet atelier a suscité beaucoup de questions et de commentaires. Les étudiants étaient enchantés. Mission accomplie pour Marine !

Inspiration sensorielle façon Croquarium pour le travail de mi-session

Pour le travail de mi-session, les étudiants doivent réaliser en équipe une étude de cas sur le terrain en interrogeant cinq personnes sur leurs motivations et habitudes alimentaires.

Quelle ne fut pas ma surprise, lors des exposés oraux de leurs travaux, de voir la fierté d’un groupe d’étudiants à présenter à toute la classe leur enquête menée à partir d’activités sensorielles inspirées par l’atelier de Marine un mois auparavant.

Kim-Élisabeth, Monika, Nina, Odette et Simon avaient choisi de découvrir le rapport à la nourriture de cinq dames âgées entre 86 et 93 ans de culture juive qui vivent dans un CHSLD de Montréal. Ces femmes viennent de diverses cultures : Montréal anglophone, Europe de l’Est, Afrique du Nord. Elles suivent à divers degrés les principes du judaïsme, notamment dans leurs pratiques alimentaires.

En vue de stimuler les échanges avec ces femmes d’un âge avancé, les étudiants eurent l’idée de reprendre l’approche de Croquarium. Accompagnés par le récréologue de l’établissement, ils ont proposé plusieurs exercices de découvertes sensorielles pour ouvrir la discussion. Ils ont débuté par l’éveil de l’odorat en choisissant trois épices, de la sauge turque, du fenouil et du cumin. « Nous voulions savoir si cela leur rappelait de bons souvenirs et si l’odeur était agréable ou désagréable. Lors de cette première partie, il est intéressant de mentionner que Pesi [d’origine d’Europe de l’est] ne pouvait distinguer aucune des différentes odeurs étant donné la perte de son sens de l’odorat » ont témoigné les étudiants dans leur travail.

Ensuite pour éveiller le sens du toucher, ils ont repris le petit jeu de découvrir un légume caché. Les cinq enquêteurs se demandaient quelles impressions tactiles ces dames pourraient ressentir. Une des dames, Ethel, a aussitôt reconnu le panais, un légume présent dans ses traditions culinaires de longue date.

Pour finir cette ouverture sensorielle, les jeunes étudiants ont dégusté avec ces vieilles dames des tranches de melons d’eau et du café. Ainsi, les langues étaient bien déliées pour répondre aux questions des étudiants sur leurs préférences et leurs pratiques à table.

La présentation de Marine et la vision de Croquarium les a inspirés ! Ils étaient très fiers d’avoir mis en pratique la découverte sensorielle des aliments pour explorer les souvenirs et les habitudes alimentaires de personnes de culture juive, bien loin de l’univers familier.

Une belle expérience pour témoigner que l’éducation sensorielle au goût [2] s’avère une démarche très pertinente pour offrir à chaque mangeur, petit et grand, l’occasion d’exprimer ses goûts, son histoire culinaire et son identité alimentaire !

[1] Pour en savoir plus sur le concept de socialisation alimentaire : DUPUY A., WATIEZ M. (2012), La socialisation alimentaire, Dictionnaire des Cultures Alimentaires, Paris, Presse Universitaire de France, 1271-1280.

[2] Pour en savoir plus sur les bienfaits de l’éducation sensorielle : GRAVEL K., WATIEZ M., PROVENCHER V., (2015) L’éducation sensorielle : quels bienfaits sur la relation avec la nourriture ? Nutrition science en évolution – La revue de l’Ordre professionnel des diététistes du Québec, Automne 2015, vol. 13, no. 2, p. 20-23.

 

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