Jamais les jeunes n’ont eu autant accès à l’information et jamais ils n’ont été aussi connectés les uns aux autres — du moins virtuellement — grâce aux technologies. Pourtant, les préoccupations liées à leur santé mentale, à l’anxiété, au sentiment de solitude et à la perte de sens occupent aujourd’hui une place importante dans notre société.
Comment expliquer ce paradoxe?
Les causes sont multiples. Pression de performance, réseaux sociaux, écrans, inquiétudes face aux changements climatiques, incertitudes économiques, isolement, rythme effréné de nos vies. Plusieurs facteurs peuvent, à leur manière, fragiliser le bien-être des jeunes. Il serait donc trop simple de chercher une seule explication.
Mais cette réalité nous invite peut-être à poser une question plus large: dans quels environnements souhaitons-nous voir grandir nos jeunes? Et que se passe-t-il lorsque le lien avec le monde vivant qui nous entoure se fragilise?
Une génération de plus en plus éloignée de la terre, des aliments et du Vivant
Les enfants et les jeunes d’aujourd’hui passent une part importante de leur temps dans des environnements intérieurs et sédentaires. Plusieurs connaissent mieux le fonctionnement d’une application que le cycle d’une plante. Ils savent naviguer dans un univers numérique complexe, mais ont-ils déjà observé une graine germer, récolté une tomate ou attendu le retour des oiseaux migrateurs au printemps?
À l’échelle de l’histoire humaine, cette transformation est toute récente. Pendant l’immense majorité de son existence, l’être humain a vécu en contact étroit avec les cycles de la nature, les saisons, la lumière du jour, le ciel, les forêts et les paysages qui l’entouraient. Ce n’est qu’au cours des derniers siècles — et surtout des dernières décennies — que notre quotidien s’est progressivement déplacé vers des environnements intérieurs, urbains et de plus en plus sédentaires.
Pourtant, notre corps et notre système nerveux demeurent sensibles à la lumière naturelle, au mouvement, aux rythmes des saisons et au contact avec les environnements extérieurs. Notre relation au Vivant n’est donc pas qu’une question de loisir. Elle participe aussi à notre équilibre, à notre bien-être et à notre sentiment d’appartenance.
Les données nous donnent une idée de l’ampleur de cette transformation. À l’échelle canadienne, les 12-17 ans cumulent en moyenne 10,6 heures de temps sédentaire par jour. Au Québec, 42% des élèves du secondaire consacrent plus de deux heures par jour, en semaine, à regarder des émissions, des séries, des films ou des vidéos, en dehors des heures d’école.
Dans ce contexte, le contact avec la nature prend une tout autre dimension. Comme le souligne Richard Louv, auteur de Last Child in the Woods, le temps passé dans la nature ne devrait pas être considéré comme un simple loisir ou comme une activité secondaire. Il constitue une occasion importante de soutenir le développement, le bien-être et la santé des enfants et des jeunes.
Le défi n’est donc pas simplement de faire sortir les jeunes. Il est aussi de les amener à rencontrer le monde vivant: sortir, explorer, toucher la terre, sentir, goûter, comprendre les cycles et retrouver un rapport direct avec ce qui nous nourrit.
Le besoin d’appartenir à plus grand que soi
Les psychologues nous rappellent que les enfants ont besoin de sécurité, de relations significatives, d’autonomie et de sentiment de compétence pour s’épanouir.
Mais peut-être pouvons-nous regarder encore plus loin.
L’être humain a aussi besoin de se sentir relié à quelque chose qui le dépasse.
La biologiste et écrivaine Rachel Carson écrivait déjà, dans The Sense of Wonder, que l’émerveillement constitue une précieuse porte d’entrée vers la connaissance et le respect de la nature. Avant même de comprendre le monde, l’enfant a besoin de le contempler, de le toucher et de s’en émerveiller.
Quelques décennies plus tard, Richard Louv popularisait l’expression nature-deficit disorder dans son livre Last Child in the Woods. Sans qu’il s’agisse d’un diagnostic médical, cette expression cherchait à nommer les conséquences possibles d’une enfance marquée par une faible exposition à la nature : davantage de stress, moins d’occasions de jeu libre et d’exploration, une créativité moins sollicitée et un lien affectif avec le monde naturel qui risque de s’appauvrir.
Quand protéger commence par appartenir
Nous parlons souvent de protéger l’environnement.
Mais avant de vouloir protéger la nature, encore faut-il pouvoir se sentir en relation avec elle. Comprendre — et peut-être surtout ressentir — que nous en faisons partie.
Respirer, manger, marcher, jardiner, cuisiner, observer les saisons, écouter les oiseaux ou partager un repas sont autant de façons de renouer avec cette appartenance.
Lorsque les enfants prennent soin d’un jardin, quelque chose se transforme.
Ils découvrent que la vie demande du temps. Que tout ne pousse pas à la même vitesse. Que certaines choses échappent à notre contrôle. Que la patience est parfois plus féconde que la performance.
Ils découvrent aussi qu’ils peuvent prendre soin de quelque chose de vivant.
Une graine pousse parce qu’on lui donne de la lumière, de l’eau, de la terre et du temps. Une plante flétrit parfois. Une récolte est abondante certaines années et plus fragile d’autres. Le jardin enseigne ainsi, sans grand discours, quelque chose de fondamental: nous sommes interdépendants.
Et cette expérience peut transformer le regard que l’enfant porte sur le monde, bien au-delà du jardin.
L’émerveillement avant les explications
Nous croyons parfois qu’il faut d’abord enseigner aux jeunes à protéger la planète.
Mais peut-être devrions-nous parfois commencer autrement: en leur permettant de s’émerveiller devant le monde naturel.
On ne crée pas un lien avec le Vivant uniquement en lisant sur le Vivant. On le crée en le rencontrant.
L’alimentation: une rencontre quotidienne avec le Vivant
Chez Croquarium, nous croyons que l’alimentation est l’une des plus belles portes d’entrée vers le Vivant.
Elle est universelle, sensorielle et profondément relationnelle. Elle relie la terre, les saisons, ceux qui cultivent, ceux qui cuisinent, ceux qui mangent et ceux qui partagent.
Jardiner, cuisiner et partager un repas deviennent alors bien plus que des activités éducatives. Ce sont des occasions de ralentir, de créer, de coopérer, de découvrir et de retrouver le plaisir d’être et de faire ensemble.
Est-ce que la connexion au Vivant fait partie de la réponse?
Personne ne prétend que quelques légumes cultivés ou quelques heures passées dehors suffiront à résoudre les défis immenses auxquels les jeunes d’aujourd’hui font face.
Mais le contact avec la nature, les expériences sensorielles, le jeu libre, le jardinage et les occasions de vivre des expériences concrètes avec le monde vivant peuvent contribuer à leur bien-être, à leur sentiment d’appartenance et à leur capacité d’imaginer un avenir différent.
Parce qu’au fond, renouer avec le Vivant, ce n’est pas seulement apprendre à mieux prendre soin de la planète. C’est aussi y retrouver une part de nous-mêmes.
Et c’est peut-être là que commence toute véritable transformation intérieure : par une expérience concrète, une relation qui se tisse, une graine que l’on plante, une terre que l’on touche, un monde vivant que l’on apprend à connaître et à aimer.
C’est sur cette voie que Croquarium choisit d’avancer. En créant des expériences qui permettent aux jeunes de cultiver, goûter, explorer et comprendre, Croquarium contribue, une expérience à la fois, à retisser le lien entre les jeunes et le Vivant.
« La nature n’est pas un endroit où l’on va. C’est notre maison. » Gary Snyder




















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